Placer la trésorerie de son entreprise : quelles solutions en 2026 ?

Votre société a bien travaillé ces dernières années et le compte courant affiche aujourd’hui plusieurs centaines de milliers d’euros. C’est une bonne nouvelle, mais laisser dormir cette somme a un coût : l’inflation l’érode, et elle ne sert aucun projet. Placer la trésorerie de son entreprise est donc une question que je traite très souvent avec les dirigeants que j’accompagne à Lyon.

La difficulté, c’est qu’une société soumise à l’impôt sur les sociétés (IS) n’a pas accès aux mêmes placements qu’un particulier, ni à la même fiscalité. Pas de PEA, pas d’abattement de l’assurance-vie, et des règles d’imposition parfois contre-intuitives.

Dans cet article, je vous présente la méthode que j’applique, puis les trois grandes familles de solutions : la trésorerie de sécurité, le contrat de capitalisation et les SCPI en usufruit temporaire. Avec, pour chacune, sa fiscalité et ses limites.

Bâtiment d'entreprise, piles de pièces dorées et bouclier – placer la trésorerie d'une entreprise

Avant de placer : quelle part de la trésorerie est vraiment disponible ?

La première erreur serait de raisonner sur le solde bancaire global. Avant toute décision, je découpe la trésorerie en trois poches, avec l’expert-comptable de l’entreprise quand c’est possible :

  • La trésorerie d’exploitation : ce qui couvre le besoin en fonds de roulement, les échéances fiscales et sociales, et une réserve de sécurité (souvent trois à six mois de charges fixes). Elle doit rester disponible immédiatement.
  • La trésorerie de projet : les sommes réservées à un investissement prévu dans les deux ou trois ans (matériel, locaux, recrutement, croissance externe).
  • La trésorerie excédentaire : ce dont l’entreprise n’aura pas besoin avant cinq ans ou plus. C’est la seule poche qui peut viser un placement de long terme.

Ce découpage conditionne tout le reste : un placement de long terme financé avec de la trésorerie d’exploitation expose l’entreprise à devoir vendre au mauvais moment.

Court terme : sécuriser la trésorerie disponible

Pour les deux premières poches, l’objectif n’est pas la performance mais la sécurité et la disponibilité. Les solutions classiques sont les comptes à terme (une somme bloquée sur une durée fixe, à un taux connu à l’avance), les comptes courants rémunérés et les fonds monétaires, qui investissent dans des titres de très court terme.

Côté fiscalité, les intérêts perçus sont intégrés au résultat de la société et imposés à l’IS. Pour les parts de fonds, il faut aussi savoir que certaines plus-values latentes sont imposées chaque année, même sans vente : c’est un point à anticiper avec votre expert-comptable.

Ces supports ne rapportent pas beaucoup, et leur rémunération suit les taux de la Banque centrale européenne. Mais ce n’est pas leur rôle : ils protègent la capacité de l’entreprise à faire face à ses engagements.

Long terme : le contrat de capitalisation au nom de la société

Le contrat de capitalisation est l’enveloppe la plus utilisée pour placer la trésorerie excédentaire d’une entreprise. Il fonctionne comme une assurance-vie, à une différence près : il n’est pas lié à la vie d’une personne, ce qui permet à une société d’en être titulaire.

À l’intérieur, la trésorerie peut être répartie entre un fonds en euros, dont le capital est garanti par l’assureur (hors frais), et des unités de compte (fonds actions, obligataires, immobiliers…), plus dynamiques mais sans garantie en capital.

Une fiscalité spécifique pour les sociétés à l’IS

C’est le point que beaucoup de dirigeants découvrent trop tard. Selon l’article 238 septies E du Code général des impôts, une société à l’IS ne paie pas l’impôt seulement au rachat : elle doit intégrer chaque année à son résultat un gain théorique, calculé forfaitairement. Ce gain correspond au montant investi multiplié par 105 % du taux moyen des emprunts d’État (TME) connu au moment de la souscription.

Concrètement, si le TME était de 3 % à la souscription, une société qui place 200 000 € devrait réintégrer environ 6 300 € par an à son résultat imposable, même si le contrat a moins rapporté. L’écart est ensuite régularisé au moment du rachat. Ce mécanisme n’est pas une double imposition, mais il crée un décalage de trésorerie qu’il faut prévoir.

Avantages et limites

  • Avantages : une enveloppe unique et souple, des arbitrages possibles entre supports sans formalité, des rachats partiels possibles, et une gestion qui peut être pilotée ou déléguée.
  • Limites : l’imposition forfaitaire annuelle, les frais de gestion du contrat et des supports, et un horizon de placement recommandé d’au moins cinq à huit ans.
  • Risques : les unités de compte présentent un risque de perte en capital. Le fonds en euros, lui, dépend de la solidité de l’assureur.

Générer des revenus : les SCPI en usufruit temporaire

Une SCPI (société civile de placement immobilier) détient un parc immobilier et reverse à ses associés une partie des loyers. Le principe de l’usufruit temporaire est de démembrer les parts : un investisseur, souvent un particulier, achète la nue-propriété, et votre société achète l’usufruit, c’est-à-dire le droit de percevoir les revenus pendant une durée fixée, généralement de cinq à dix ans.

L’usufruit s’achète moins cher que la pleine propriété, puisque sa valeur ne porte que sur les revenus de la période. Pendant toute la durée, la société perçoit les revenus distribués par la SCPI. À l’échéance, l’usufruit s’éteint sans formalité ni fiscalité supplémentaire : le nu-propriétaire récupère la pleine propriété.

L’intérêt fiscal : l’amortissement

Comme l’usufruit perd de la valeur chaque année jusqu’à s’éteindre, la société peut, en principe, l’amortir sur sa durée. Cette charge vient diminuer le résultat imposable, et donc compenser en grande partie l’imposition des revenus perçus. La jurisprudence admet cet amortissement, mais le prix d’achat et la documentation du montage doivent être solides : je le valide toujours avec l’expert-comptable de l’entreprise.

  • Risque de revenus : les revenus d’une SCPI ne sont pas garantis et peuvent baisser avec la vacance locative ou la conjoncture immobilière.
  • Capital nul à l’échéance : à la fin de la période, la société ne récupère rien. Toute la rentabilité vient des revenus perçus pendant le démembrement.
  • Liquidité très faible : revendre un usufruit en cours de route est difficile. Les sommes doivent être réellement disponibles pour toute la durée.

Exemple : comment placer la trésorerie d’une entreprise de 400 000 €

Prenons un cas d’illustration : une société de conseil lyonnaise à l’IS, dirigée par une associée unique, dispose de 400 000 € de trésorerie. Après analyse avec son expert-comptable, 100 000 € correspondent à la trésorerie d’exploitation et 50 000 € sont réservés à l’aménagement de nouveaux locaux dans deux ans.

Une répartition possible, parmi d’autres, pourrait ressembler à ceci :

  • 150 000 € sur des comptes à terme échelonnés et un compte rémunéré, pour la sécurité et le projet de locaux ;
  • 150 000 € sur un contrat de capitalisation, réparti entre fonds en euros et unités de compte selon le niveau de risque accepté ;
  • 100 000 € en usufruit temporaire de SCPI sur dix ans. Si ce prix est amorti linéairement, la société constate une charge d’environ 10 000 € par an, qui vient réduire l’impôt dû sur les revenus perçus.

Cette répartition n’est pas une recommandation : elle dépend du cycle d’activité, des projets, de la politique de rémunération de la dirigeante et de sa sensibilité au risque.

Les points de vigilance avant de se lancer

  • Placer dans la société ou se verser la trésorerie ? Sortir les sommes sous forme de dividendes les soumet à l’imposition personnelle. Les laisser dans la société les expose à l’IS, au taux réduit de 15 % jusqu’à 42 500 € de bénéfice pour les PME éligibles en 2026, puis 25 % au-delà. Le bon arbitrage dépend de vos projets personnels.
  • La cession ou la transmission de l’entreprise : une trésorerie placée importante peut compliquer une valorisation ou certains régimes de faveur. À anticiper si une vente est envisagée.
  • La gouvernance : selon les statuts, un placement significatif peut nécessiter une décision des associés. Un procès-verbal clair est toujours préférable.

À retenir

  • Seule la trésorerie non nécessaire avant cinq ans peut viser un placement de long terme.
  • Le contrat de capitalisation détenu par une société à l’IS est imposé chaque année sur un gain forfaitaire, régularisé au rachat.
  • L’usufruit temporaire de SCPI génère des revenus dont l’imposition peut être compensée par l’amortissement, mais le capital est nul à l’échéance.
  • Aucune solution n’est bonne en soi : tout dépend des projets de l’entreprise et de son dirigeant.

Placer la trésorerie de son entreprise demande de concilier trois exigences : garder de quoi faire face aux imprévus, faire travailler l’excédent, et maîtriser la fiscalité propre aux sociétés. C’est un travail que je mène toujours en lien avec l’expert-comptable, pour que la stratégie de la société et celle du dirigeant restent cohérentes. Pour une première estimation, vous pouvez aussi simuler votre projet.

Votre société dispose d’une trésorerie importante et vous vous demandez comment la faire travailler ? Réservons un premier échange de 15 minutes pour faire le point sur votre situation.


Avertissement : Cet article ne constitue pas un conseil en investissement. Chaque situation étant unique, il est recommandé de consulter un professionnel avant de prendre toute décision. Les investissements comportent des risques et les performances passées ne garantissent pas les résultats futurs.

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